Prologue

Chers lecteurs,

Il est parfois difficile pour les écrivains de trouver l’inspiration. Chacun, à leurs manières, finissent toujours par surmonter ce néant quand il est temps. Quelques mois auparavant, je tentai, à ma manière, de surmonter à mon tour cette période de frustration par une longue promenade en campagne, aux abords de la capitale anglaise. Lors de cette errance, mon attention se trouva attirée par un immense manoir en ruine. Le lierre y dévorait la pierre. Sur le grand portail, fermé depuis bien longtemps, semblait-il, était fixé une pancarte à vendre suivi d’une adresse d’agent immobilier. Le lieu m’intrigua. Celui-ci semblait exister depuis le siècle de la machine à vapeur, siècle qui nourrissait inlassablement mon imaginaire auquel jamais je ne me séparais.

Prise de curiosité, j’escaladai le muret qui délimitait la propriété et commençai mon expédition en ce territoire inconnu. Le jardin que je traversai en premier lieu n’avait pas été entretenu depuis plusieurs décennies. Il restait cependant encore certaines traces d’un jardin de style anglais, semblable à ceux de Buckingham, tels que je l’ai avais vus lors d’une visite touristique. Avec cet indice, la somptuosité du domaine ne pouvait plus être remis en cause. Au fils de mes pas, le mystère paraissait émaner de cette flore silencieuse, si silencieuse que pas un oiseau ne sembla vouloir le rompre. L’agonie régnait parmi les plantes. Si ternes à mon regard, je me demandais si elles respiraient encore. Toutes les feuilles fléchissaient vers le sol, peu importait leur hauteur, comme alourdies de larmes imaginaires. Cette nature muette, écrasée par le froid, portait le deuil d’une époque oubliée.

Une fois parvenue au pied de l’immense manoir, je n’eus aucune difficulté à y pénétrer : les murs s’étaient écroulés, les fenêtres s’étaient volatilisées, et seul l’entrée principale comportait encore une porte de bois, bien que rongée par les mites. Peu de chose en état tenait encore debout à l’intérieur. Les ailes Est et Ouest ne pouvaient se faire suggérer que par des murs extérieurs relativement détruit, comme le toit au-dessus de ma tête. Seul le hall d’entrée, fort démesuré en l’état, laissait encore penser à une richesse extravagante avec son immense escalier en forme de fer à cheval. Fait de marches de granite, le lierre prédateur préférait s’enrouler sur sa rampe rouillée plutôt que d’affronter plus fort que lui. Malheureusement, cet escalier ne donnait plus sur aucun étage. À la place, je pouvais atteindre son sommet pour me rapprocher du ciel. Une fois en hauteur, mes yeux, à l’affût, découvrirent un sol en damier noir et blanc, fissuré de toutes parts. Au fils du temps, les mauvaises herbes avaient réussi à transpercer sa froide régularité. L’aspect bicolore se percevait avec difficulté. Une drôle d’armature de fer semblait s’être écrasée sur ce dernier. Je descendis et m’approcha au plus près. Il s’agissait en fait d’un lustre gigantesque, autrefois orné de cristal, qui était à présent chargé de tissages d’arachnides.

Le regard rempli d’admiration, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ce lieu en des heures plus heureuses, à l’époque où ce manoir devait régner confortablement. J’imaginais le lustre de cristal pendu à un haut plafond, le damier rendu en l’état, et une fantastique réception rempli d’étoile, de champagne et de robe de soie. Bercée par la poétique d’un passé révolu, j’étais persuadée qu’une magie semblable à celle des contes de fées rendait ce manoir immortel. Mes rêveries me trompaient. Maintenant, nulle magie ne résidait. Les pierres n’étaient plus assez fortes pour empêcher l’air hivernal de s’introduire. Son souffle vif et saisissant, en plus de me griffer le visage, se mit à hurler, comme les bourrasques de Hurle-Vent. Dévorée par les frissons, mon corps se raidit. Il ne s’agissait pas seulement du froid. Non. On murmurait entre ces murs désolés. Des murmures d’hommes, de femmes, d’enfants… de morts. Le funeste souillait cette demeure. Qui aurait bien pu abandonner un tel édifice féerique, si ce n’est dans des circonstances tragiques ?

Je sorti par l’autre côté du domaine. Au loin, un ruisseau séparait en deux le parc démesuré qui semblait faire également parti de la propriété. Une demi-heure de marche me permit d’atteindre finalement la limite de ces terres. Je fis alors une découverte étrange : Deux arcades de style gothique se dressaient devant mes yeux, laissant les faibles rayons du soleil les traverser. Imposante, décalé avec le paysage, je ne pris pas le risque de m’y aventurer: les nombreuses fissures annonçait leurs écroulements d’ici une courte durée. Non loin de celles-ci, une crypte familiale, encore en état, était verrouillée par un cadenas si imposant qu’il était impossible de le rompre, même rouillé. Après quelques malheureuses tentatives pour l’ouvrir, j’abandonnai et reculai. Alors je remarquai une inscription gravé dans la pierre, juste au dessus la porte :

W. D

1690 – 1880

Ces mystérieuses écritures mirent brusquement fin à mon néant d’inspiration. Ces étranges dates, ces initiales, ainsi que ce blason inconnu gravé au-dessus des écritures me laissaient perplexe. Qui avait-on enterré dans cette crypte ? Les propriétaires de ces vestiges ? Le blason indique-t-il le tombeau d’une grande famille anglaise oubliée ? Ces interrogations me rongeaient. Je restai longtemps parmi ces ruines pour m’imprégner de leur atmosphère. Plus aucun doute : je voulais raconter l’histoire de cet endroit. Peu importait si mon imagination m’emmènerait trop loin de la vérité, cette propriété, loin de tout et hors du temps, respirait l’air âcre du mystère méritant d’être éclairci.

Je m’en allai avec l’ambition d’y revenir le lendemain. Peut-être aurais-je pu en découvrir un peu plus si j’étais parvenue à ouvrir la crypte… Cette idée resta néanmoins suspendue. De retour le matin suivant, le portail d’entrée était grand ouvert et des bulldozers s’acharnaient à détruire ce qui restait de cette demeure diablement féerique. J’interpellai un ouvrier : le lieu allait ces prochains mois se transformer en un nouveau centre commercial, où l’on consommerait sans jamais se souvenir de ce qui a été.

À défaut d’informations supplémentaires, je me contentai du peu de connaissance acquise pour raconter l’histoire de cette étrange demeure et de ses habitants. J’ignore encore ce qui m’a poussée à imaginer une histoire aussi noire. Plus surprenant encore, je n’arrive pas à croire que j’ai pu la raconter jusqu’au bout. C’est comme si, le jour où j’ai exploré cette propriété interdite, ses fantômes ne m’avaient plus quitté. Ils me dévoraient, dans mes rêves et mes réalités.

C’est à vous maintenant, lecteur, que j’adresse le récit à venir. Cette présente exorde vous indique à l’avance qu’il ne s’agira pas d’un conte fées. Le dénouement, vous vous en doutez, ne sera pas plus heureux. Cependant, si les secrets, les passions et les sombres aventures vous fascinent, n’hésitez pas à tourner cette page. A ton tour, je vous invite à vous introduire dans cette étrange demeure, mais dans un temps plus reculé, quand elle était encore peuplée de puissants aristocrates et de traîtres.

ML Ezra

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